CHARGE DE TRAVAIL : LES PERSONNELS BOIVENT LA TASSE !


MATHIEU, éclusier à la DT Bassin de Seine, 40 ans, 10 ans d’ancienneté

« Notre priorité, c’est de faire passer les bateaux. Alors compte tenu de la baisse des effectifs, on est davantage sur les écluses au détriment de l’entretien des abords de la voie d’eau. Mais la nature ne nous attend pas pour reprendre ses droits, ce qui nous rend la tâche plus longue et difficile.« 

PIERRE, chef d’équipe, DT Rhône-Saône, 56 ans, 31 ans d’ancienneté

« Je croule sous les tâches administratives avec des missions qui s’accumulent et qui me laissent désormais peu de temps pour être sur le terrain. Pour autant, je dois continuer à gérer et animer mon équipe. C’est de plus en plus compliqué !« 

LOUIS, ouvrier des Parcs & Ateliers DT Strasbourg, 45 ans, 20 ans d’ancienneté

« Il y a du boulot, mais de moins en moins de personnels pour le réaliser. Alors dans l’attente, on nous propose des CDD mais il faut du temps pour les former et les accompagner. Et du temps, on en manque ! Sachant qu’en plus la moitié des CDD dès qu’ils sont formés ne sont pas renouvelés ou ne restent pas.

Dans le cadre de la maintenance préventive, on nous demande de fournir des devis pour réaliser des travaux qui, au final, ne sont pas engagés faute de budget. On a l’impression de travailler pour rien. Et à force de solliciter des entreprises sans leur confier de contrat, elles ne répondent plus. Résultat : on doit chercher et démarcher d’autres entreprises sans avoir la garantie que notre travail aboutisse. Tout cela prend du temps et est épuisant physiquement et moralement. Et dans le même temps, on doit continuer à intervenir en mode « pompier » pour réparer des ouvrages vétustes.« 

ISABELLE, adjointe administrative, DT NPDC, 39 ans, 15 ans d’ancienneté

« Ce qui me prend du temps, c’est le changement d’outils informatiques. Basculement d’un logiciel à l’autre, formation, prise en main… et quand le marché n’est pas reconduit, il faut tout recommencer ! 

De plus, le départ des collègues s’accompagne souvent par une perte du savoir. Alors on passe notre temps à chercher l’information. Tout cela génère une charge de travail en plus du quotidien. On fait des horaires à rallonge et, bien évidemment, les heures supplémentaires ne sont pas payées, carrément écrêtées !« 

KILLIAN, agent itinérant à la DT SO, 50 ans, 25 ans d’ancienneté

« L’allongement des secteurs nous oblige à faire toujours plus de kilomètres d’autant qu’on est toujours moins nombreux sur le terrain. Il faut être partout à la fois ! On passe plus de temps dans la voiture et on ne peut plus intervenir aussi rapidement qu’avant. C’est stressant ! Et quand une tâche est programmée, on est rappelé à la dernière minute pour couvrir l’absence d’un collègue. On fonctionne à flux tendu, la qualité du service rendu aux usagers et de l’entretien du canal n’est plus à la hauteur des attentes des usagers et des riverains !« 

CHLOÉ, juriste des affaires domaniales à la Direction du développement • Siège, 43 ans, 15 ans d’ancienneté • CDI privé

« Ce que je constate, c’est que les sujets sont de plus en plus nombreux et variés qu’avant. On cherche, notamment, à augmenter les ressources propres de VNF ce qui a des conséquences sur la gestion domaniale au quotidien. On doit traiter plus rapidement les dossiers et on prend du retard sur les retours aux DT. Il devient compliqué de trouver du temps pour faire des recherches et approfondir les sujets tout en continuant à traiter le quotidien. »

LE POINT DE VUE DE VOS ÉLUS CFDT-VNF !

La charge de travail est un problème systémique, autoalimenté par les choix de gestion aberrants et l’absence de vision des organes de tutelle. Baisse des effectifs, réorganisation sur réorganisation, décisions stratégiques et budgétaires en inadéquation avec les effectifs, c’est “le serpent qui se mord la queue” !

NOS REVENDICATIONS PRÉSENTES ET FUTURES

Avoir des effectifs en adéquation avec les missions de l’établissement

L’État veut moderniser l’Établissement via la transformation numérique, sauf qu’il met la “charrue avant les bœufs”. Les réorganisations et les transformations requises imposent un effectif suffisant. Résultat : les équipes réduites ne parviennent pas à mener à bien les mutations de l’établissement et à assurer les missions courantes dans un même temps.

Préserver les compétences et les savoir-faire

Entre les importantes vagues de départ à la retraite et la volonté de ne pas remplacer les postes supprimés, ce sont des compétences et expériences qui disparaissent. La direction doit capitaliser les connaissances des personnels en organisant systématiquement la transmission des savoirs. Cela permettra de s’appuyer sur l’expérience des plus anciens et éviter de perdre du temps à réinventer les choses en permanence.

Privilégier les postes pérennes aux emplois précaires

C’est une utopie de penser que des CDD de droit public et des emplois saisonniers peuvent compenser la fluidité et les compétences des personnels pérennes. Même s’ils apportent un renfort, ils ont besoin d’être formés et accompagnés. Cela prend du temps et vient s’ajouter à la charge de travail des personnels. Tous les emplois présents dans les organigrammes doivent être pourvus durablement. D’autant qu’avec les départs à la retraite, les effectifs vont continuer à baisser mécaniquement.

Limiter les réorganisations et impliquer les personnels

L’Établissement fait face à des difficultés structurelles, dont les raisons sont consécutives aux manques de moyens humains et financiers. Les Directions successives espèrent résoudre la “quadrature du cercle” par des réorganisations, ce qui au final ne fait qu’aggraver les situations des personnels. Rien n’est pire que de vivre des réorganisations sans fin ! 

La CFDT-VNF propose que les projets de réorganisation soient pensés et construits avec et pour les personnels concernés. Il est donc nécessaire que ceux-ci soient associés dès le départ et qu’ils soient au cœur de la construction du projet. Il est primordial que ces projets fassent consensus auprès des personnels afin qu’ils y trouvent un sens en cohérence avec les problématiques rencontrées et que cela puisse aboutir à une amélioration des conditions et de l’organisation du travail.