TRANSFORMATION NUMÉRIQUE : ON N’EST PAS QUE DES ROBOTS !


MATHIEU, éclusier à la DT Bassin de Seine, 40 ans, 10 ans d’ancienneté

« Je ne suis pas particulièrement nostalgique de l’ancien temps. Toutefois, la transformation numérique de nos métiers se fait à marche forcée ! 

La direction mise quasi exclusivement sur l’autoformation. Premièrement, on n’est pas tous au même niveau et deuxièmement, ce n’est pas comme si on nous donnait du temps pour nous former ! »

SANDY, secrétaire administrative, responsable des moyens généraux Siège, 42 ans, 22 ans d’ancienneté

« Ce que j’apprécie avec la transformation numérique, c’est de rendre possibles le télétravail et l’organisation de réunion sans déplacement.

En revanche, la direction sous-estime le stress et l’impact que ces changements ont sur l’organisation du travail. 
Les moyens pour accompagner le changement et dispenser la formation des personnes en fonction de leurs capacités et de leurs disponibilités ne sont pas suffisants d’autant plus que tout arrive en même temps.  »

PIERRE, chef d’équipe, DT Rhône-Saône, 56 ans, 31 ans d’ancienneté

« C’est bien beau la numérisation des processus de travail, mais au final, ça correspond surtout à un transfert de tâches des uns vers les autres. 

Je travaille déjà à effectif réduit et année après année, j’ai de nouvelles tâches numériques à faire en plus du reste. Cela me laisse d’autant moins de temps pour encadrer mes équipes et être avec eux sur le terrain.  »

LOUIS, ouvrier des Parcs & Ateliers DT Strasbourg, 45 ans, 20 ans d’ancienneté

« Il faudrait surtout que le matériel informatique suive ! 

Certes, on a des smartphones, mais le matériel de travail devrait être adapté aux missions de chacun, et là, il y a encore du chemin à faire !  »

BERTRAND, technicien, assistant pour les études d’ingénierie ou les marchés publics • DT Centre Bourgogne, 46 ans, 20 ans d’ancienneté

« Certes le numérique nous offre une forme d’instantanéité dans le traitement de nos demandes, mais cela se fait au détriment du relationnel et de l’aspect humain, par exemple en matière d’outils RH.
Sous prétexte de modernisation, de nombreux postes de référents RH sont supprimés. Les outils mis en place sont loin de compenser l’apport d’un personnel en ressources humaines. »

CHLOÉ, juriste des affaires domaniales à la Direction du développement • Siège, 43 ans, 15 ans d’ancienneté • CDI privé

« Moi je suis à fond pour la modernisation de nos outils de travail, mais il faut que la question de la sécurité soit abordée sérieusement. On ne peut pas être bloqué pendant des heures voire des jours du fait d’une panne ou d’une attaque.

Par ailleurs, la sécurisation de nos outils ne doit pas dégrader nos conditions de travail.  »

KILLIAN, agent itinérant à la DT SO, 50 ans, 25 ans d’ancienneté

« Le truc sympa, c’est qu’avec la transformation numérique on a tous été équipés d’un smartphone ! Le problème c’est qu’ils n’ont pas suffisamment pris en compte la question des zones blanches et de débits. 

Y’a des endroits, j’ai l’impression d’être sur la lune ! Compliqué de travailler avec ces nouveaux outils quand on n’a pas de réseau !  »

Ce qu’en disent les autres personnels interrogés : 

  • Le problème de fond, c’est que les outils sont souvent inadaptés. Malgré nos demandes à être associés au choix des outils ou les faire évoluer à nos besoins nous ne sommes pas écoutés et rien ne bouge. C’est frustrant. 

  • Moi je suis fatiguée de changer d’outil sans cesse et d’être obligée de me former entre deux dossiers.

    La transformation numérique oui, la mutation permanente non !

  • La transformation numérique c’est bien, mais le système des marchés publics déstabilise la pérennité des outils. Même si un outil donne satisfaction il peut être amené à changer lors du marché suivant. L’idéal serait de pouvoir conserver ce qui fonctionne bien et, à l’inverse, ne pas s’enterrer avec un outil inapproprié au besoin pendant des années. 

  • Il faut reconnaître les points positifs de la transformation numérique : accéder à tous les supports d’information, gagner en autonomie pour nos demandes personnelles, accéder aux offres de formation, pouvoir sécuriser et fiabiliser ses données, archiver et partager les informations etc. C’est génial !

    Le revers de la médaille est qu’il faut que tous puissent réussir à s’adapter et à se dégager du temps pour se mettre à niveau et ne pas laisser une partie du personnel sur le bord du chemin.

LE POINT DE VUE DE VOS ÉLUS CFDT-VNF !

L’objectif de vos élus CFDT-VNF n’est pas de s’opposer pour le principe de s’opposer à la modernité et la transformation numérique ! D’ailleurs la majorité des personnels n’y sont pas opposés non plus ! 

Nous dénonçons la méthode employée, à savoir se moderniser dans l’objectif principal de supprimer des postes ! 

Pour la CFDT-VNF se moderniser c’est pour mieux travailler, améliorer les conditions de travail, pouvoir répondre à des missions supplémentaires que nous ne pouvions remplir faute de temps et d’outils appropriés.

Nous dénonçons la réduction des effectifs alors que la mutation numérique et technologique n’est toujours pas opérée !

En effet, se transformer demande du temps et des bras, que ce soit pour définir de nouvelles méthodes, mettre en place de nouveaux outils ou assurer l’accompagnement nécessaire des personnels. 

À effectif réduit, atteindre cet objectif devient compliqué et parfois impossible !

Nous affirmons que faire de la transition numérique « la pensée magique » pour solutionner tous les dysfonctionnements de la Voie d’eau est une utopie.

NOS REVENDICATIONS PRÉSENTES ET FUTURES

UN RÉEL ACCOMPAGNEMENT DES ÉQUIPES PAR NIVEAU

Nous dénonçons le tout e-learning. Pour chaque outil, des cycles de formation doivent être proposés en fonction du niveau et des appétences de chacun. Couplés à un enseignement en présentiel, ils permettraient de mieux répondre aux besoins des utilisateurs par un accompagnement personnalisé (reprise et reformulation des notions non acquises, réponse aux questions en temps réel, explications avec exemples concrets adaptés aux métiers des apprenants…). 

DES OUTILS STABLES ET PÉRENNES

Les équipes utilisatrices devraient être associées au choix des prestataires. Par ailleurs, au regard des contraintes de marchés publics, des budgets de révision suffisants devraient être prévus aux contrats pour faire réaliser les évolutions nécessaires, sans remettre en cause le prestataire et son produit quand ils sont efficaces.

DES PERSONNELS SUFFISAMMENT OUTILLÉS POUR TRAVAILLER NUMÉRIQUEMENT

Malgré la distribution de smartphones, il y a encore une fracture numérique au sein des personnels de l’établissement. Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Et ceux qui sont dans des zones blanches devraient être dotés de clés 5G pour travailler sereinement. 

PRÉSERVER LA VIE PRIVÉE ET ASSURER LE DROIT À LA DÉCONNEXION

Le risque avec la transformation numérique est l’effacement de la frontière entre la vie professionnelle et la vie personnelle. VNF doit garantir le respect de la vie privée et s’assurer que toutes les sollicitations se fassent sur le temps de travail normal. Des commandes à 23H pour le lendemain sont à bannir !

DES MOYENS À LA HAUTEUR DES AMBITIONS

Les applications devraient être accessibles même en période de forte demande et il faut s’en donner les moyens. Quoi de plus frustrant que d’être ralenti dans son travail par l’impossibilité d’accéder aux outils nécessaires pour le réaliser…