DTS : La parole est donnée à un agent d’exploitation


Aujourd’hui, nous avons souhaité donner la parole à un agent de maintenance du linéaire afin de partager avec vous son ressenti sur ce vaste projet. Dans ce cadre, nous lui avons posé un certain nombre de questions auquel il a bien voulu répondre.
En poste depuis 2008, cet agent assure l’entretien des espaces verts et des engins flottants, mais aussi la gestion hydraulique pour garantir un bon débit d’eau et permettre la navigation des bateaux. Il intervient sur les ouvrages en effectuant de la maintenance de 1er niveau (graissage, nettoyage et entretien en général).

Quelles sont les qualités indispensables à l’exercice de ton métier ?

« Il faut être en capacité de travailler en équipe, mais aussi être autonome, savoir rendre compte des différents évènements à la hiérarchie et être en capacité de programmer les différentes tâches à effectuer sur la journée voire la semaine. Il faut aussi pouvoir prendre des initiatives pour pallier aux problèmes urgents à régler. »

A contrario, quelles sont les contraintes, risques, inconvénients ?

« Les contraintes sont essentiellement liées aux évènements météorologiques. La gestion des crues se fait généralement sur des périodes bien précises, telles que la fonte des neiges ou les grosses pluviométries. Les risques sont, comme pour beaucoup d’autres métiers, en lien avec les blessures possibles et les bonnes postures à tenir lors  du port de charges. »

Si tu pouvais changer quelque chose dans ton travail, ça serait quoi ? Et pourquoi ?

« Hormis la modernisation en plein essor et les changements essentiels dans les corps de métier, je souhaiterais avoir un budget plus conséquent pour assurer l’entretien des espaces verts et des engins mécanisés. »

Comment te sens-tu au sein de ton poste actuel ?

« Je me sens bien, il y a une bonne ambiance de travail au sein d’une équipe jeune. »

Quel est ton avis sur l’organisation actuelle à VNF en général ? En particulier sur ton secteur ?

« En général, et en lien avec la modernisation, j’ai du mal à comprendre le choix de la fermeture de certains sites bord à voie d’eau qui restent uniques dans notre secteur. »

La réorganisation a commencé avec la création de 3 nouvelles UT, que penses-tu de la définition des nouveaux périmètres ?

« Je ne comprends pas pourquoi réunir un fleuve international avec du canal sachant que les enjeux ne sont pas les mêmes. L’augmentation des périmètres va forcément rallonger les délais d’intervention. »

Que ressens-tu lorsque l’administration t’évoque les futurs points d’appui ?

« Certains points d’appui me semblent illogiques et les choix de l’administration ne reflètent pas toujours les réalités de terrain. La construction de certains Postes de Commande sont déjà voués à disparaitre à plus ou moins long terme. Nombre de mes collègues m’évoquent leurs inquiétudes que je partage également. »

La modernisation en cours de l’EPA inclut également un fort développement du numérique. Quel est ton ressenti sur ces changements à venir à très court terme ?

« C’est bien de vouloir développer le numérique, mais il faut garder en tête que les personnels de terrain n’ont pas toujours la possibilité de pouvoir accéder à un ordinateur aussi régulièrement qu’ils le souhaiteraient. De plus, le manque de formation “numérique” rend l’accès difficile aux diverses informations. Par exemple, s’inscrire à la cérémonie des vœux de la DT via une plateforme de billetterie est une nouveauté face à laquelle nous ne sommes pas tous préparés et à l’aise. De même, la dématérialisation des entretiens professionnels annuels génère parfois un stress supplémentaire. Les formations par Talensoft ne permettent plus d’échanger avec un formateur, alors comment faire pour poser nos questions qui ne sont pas toujours incluses dans les vidéos proposées ? On nous impose d’utiliser des outils numériques sans formation, comme de renseigner Octave, application pour laquelle nous n’avons reçu aucune formation, ce qui nous fait perdre énormément de temps. »

Suite à l’avancement du projet de réorganisation, comment vois-tu ton avenir à VNF ?

« Je me demande si avec le temps notre métier sera toujours de faire passer des bateaux sur les canaux ou si je ne devrais pas me contenter de ne faire que de la maintenance et de la gestion hydraulique. Nos métiers se rapprochent plus de ceux des OPA alors que nous n’avons pas les mêmes diplômes et grilles salariales. »

Quelles sont les incidences sur ta vie personnelle dans le cadre des changements actuels et à venir ?

« Sans connaitre les points d’appui et nos nouveaux lieux d’embauche, il m’est impossible de me projeter dans l’avenir ni d’envisager un achat immobilier. Avec la conjoncture actuelle et la flambée des prix de l’essence, faire plus de kilomètres pour prendre mon poste ne sera pas sans conséquences financières. L’ICT prend fin au 31/12/2022, que va me proposer l’administration pour que je sois sûr d’avoir un maintien de salaire à la hauteur de ce que je gagne actuellement ? De plus, le temps passé sur la route sera du temps en moins avec ma famille. »

Depuis 2 ans avec la crise sanitaire, beaucoup de choses ont évolué. Quel est ton ressenti sur ces changements ?

« Suite au Covid, le travail sur le terrain n’a pas changé, je n’ai pas pu bénéficier de télétravail. Les ouvrages ne peuvent pas encore se maintenir tous seuls. Hormis les contraintes sanitaires telles que le port du masque et la distanciation sociale, je n’ai pas senti d’évolution, si ce n’est une baisse de fréquentation sur la voie d’eau. Par contre les inquiétudes sont toujours là et bien réelles quant aux changements à venir avec les réorganisations en cours. »

 

Nous remercions cet agent pour nous avoir livré son ressenti dans ce contexte particulier. Ce projet de grande ampleur génère beaucoup d’inquiétudes sur le terrain et, avec une conjoncture actuellement sombre, ne laisse pas entrevoir de porte de sortie à cet agent qui pourtant aime son métier et l’exerce avec passion et professionnalisme.