Heures écrêtées : du temps donné, puis effacé

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12 735 heures réellement travaillées ont disparu des compteurs au premier semestre 2026. Pour la CFDT-VNF, ce n’est pas un problème de gestion du temps des personnels : c’est le signal d’une charge de travail qui déborde, point corroboré dans le dernier baromètre social. Toute heure travaillée doit être reconnue.
19 h 30. Les bureaux se sont vidés depuis longtemps. Le silence règne avec juste le ronronnement de l’ordinateur et le cliquetis du clavier. Vous terminez ce dossier parce que demain, il n’y aura personne d’autre pour le faire. Le poste d’à côté est vacant depuis des mois.
Quelques semaines plus tard, vous ouvrez votre compteur. Ces heures-là ont disparu. Écrêtées. Comme si vous ne les aviez jamais faites.
Les chiffres du premier semestre 2026

12 735 heures écrêtées pour 628 agents en horaires variables.

L’équivalent d’environ 8 postes à temps plein.

85 % de ces heures concentrées sur 232 agents : toujours les mêmes, et souvent les plus sollicités.

2 454 heures écrêtées au seul siège.

Près de 700 agents déclarent, lors de leur entretien professionnel, une charge de travail excessive, en permanence ou lors des pics d’activité.
À l’inverse, 14 471 heures ont pu être récupérées, notamment grâce à l’allongement à six mois de la période de récupération, une évolution portée et obtenue par la CFDT-VNF. Une vraie avancée, mais qui montre aussi ses limites.
« Vous devriez mieux vous organiser »
Certains d’entre vous l’ont entendu. La CFDT-VNF le dénonce : quand les missions se multiplient, que les périmètres s’élargissent, que les déplacements dévorent les journées et que les absences ne sont pas remplacées, faire porter la responsabilité des dépassements aux personnels n’est ni juste ni acceptable.
Les heures écrêtées sont un thermomètre. Elles mesurent la fièvre d’une organisation qui manque de moyens. C’est à la direction de fixer des priorités, de répartir les missions et, si nécessaire, de différer ou d’abandonner certaines activités.

Zéro heure écrêtée : un objectif encore loin de la réalité
Malgré l’objectif de « zéro heure écrêtée » affiché par la direction générale, de nombreuses heures continuent de disparaître des compteurs. Une pratique malheureusement instaurée dans la fonction publique, mais interdite dans le code du travail pour les salariés de droit privé.
Le passage de 2 à 6 mois du délai de récupération, obtenu par la CFDT-VNF, permet de limiter ces pertes, sans toutefois régler le problème des dépassements récurrents. Les heures travaillées ne doivent pas devenir des heures perdues.
Ce que demande la CFDT-VNF
- Une analyse service par service des situations les plus préoccupantes, en tenant compte des réorganisations récentes, pour en comprendre les causes, pas seulement en compter les heures.
- Des plans d’action pour réguler la charge de travail, avec des responsables identifiés et des échéances.
- S’inspirer de Strasbourg, où les heures écrêtées ont fortement diminué : ce qui fonctionne et pourquoi ?
- Le paiement des heures supplémentaires quand les dépassements sont nécessaires au service et impossibles à récupérer. Y compris a posteriori comme le prévoit la procédure suite à la négociation de la CFDT-VNF.
- Des refus de paiement motivés, et une information claire sur la procédure.
Le paiement des heures supplémentaires reste possible dans les conditions applicables. Selon la direction, la demande se fait via un formulaire qui remonte de la hiérarchie (après validation N+2) directement au SGAP qui instruit. La direction des ressources humaines affirme ne pas refuser le paiement de ces heures et qu’aucune restriction n’est posée même si très peu de demandes remontent. En effet, dans les faits, cette possibilité reste souvent théorique. La CFDT-VNF veut qu’elle devienne réelle.

Ce que nous avons obtenu :
l’engagement de la direction à renforcer ses analyses et à mieux distinguer les heures récupérées des heures perdues ; une méthode d’évaluation de la charge de travail définie au plus vite et présentée début 2027.

Ce qui reste à gagner :
des plans d’action concrets ; le paiement effectif des heures impossibles à récupérer et des recrutements lorsque le besoin est récurrent ; un bilan au printemps 2027 qui présente les mesures engagées et pas seulement l’évolution des volumes.

Mes réflexes
Mon compteur approche du plafond ? J’en parle à mon responsable avant que les heures soient perdues. Il lui appartient de mettre en place les mesures adaptées : adapter la charge de travail, hiérarchiser les priorités voire suspendre certaines activités, solliciter le paiement des heures supplémentaires lorsque les nécessités de service le justifient.
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